• Slider 3
  • Slider 3B

Le Mot du Maire

 

Centenaire de l’armistice

 

Bernard11 novembre 2018

 

Il y a cent ans, le 11 novembre 1918, la France et l’Allemagne signaient à Rethondes l’armistice qui mettait fin à la Première guerre mondiale.
Après quatre années et demie d’une guerre totale, les armes se taisaient.

Durant le conflit où la France et l’Allemagne ne combattaient pas seules - la guerre était mondiale-, les pays impliqués avaient engagé toutes leurs forces humaines, économiques, financières et morales dans l’unique but de vaincre.
11 novembre 1918 : la guerre s’achève. Il y a certes, comme la loi de la guerre l’exige, un vainqueur, la France, et un vaincu, l’Allemagne. Mais le retour à la paix cache d’autres réalités.

Des deux côtés, des morts et des blessés par millions, des veuves, des orphelins, des régions détruites et des forêts de croix blanches pour rappeler la cruauté des champs de bataille. Des deux côtés, la guerre laisse un bilan désastreux.
Pour les rescapés revenus du front, avec parfois une jambe, une main, un bras en moins , quand ce n’est pas le visage défiguré, l’esprit démoli et la mémoire en cendres, il faut apprendre à survivre et tenter d’oublier l’horreur tout en veillant à garder une pensée respectueuse et émue pour ceux qui sont tombés.

Excepté l’uniforme, la guerre n’a fait aucune différence entre ceux qui se sont battus dans un camp et ceux qui, avec le même courage et le même acharnement, ont fait de même dans l’autre. Mêmes souffrances sous les incessants tirs d’artillerie, mêmes tranchées qui se refermaient pour enterrer vivants les combattants, mêmes vies fauchées, mêmes corps éparpillés qu’on enterrait à la sauvette près des tranchées avant que les pluies d’automne les fassent remonter à la surface, mêmes batailles contre les rats, contre la boue, contre les poux, contre les gaz et les lance flamme. Mêmes peurs, mêmes angoisses, mêmes tristesses, mêmes désespoirs. Mêmes absurdités des états-majors qui multipliaient ce que les hommes appelaient les opérations boucherie, mêmes jugements féroces quand en 1917, du fond des tranchées des hommes se sont révoltés. On fusilla pour l’exemple les meneurs et d’autres pauvres gars qui ne réclamaient qu’un pantalon propre ou la possibilité de sortir un peu plus souvent de l’enfer du front, pour revoir leurs femmes et leurs enfants.

A l’arrière, des deux côtés, les femmes remplacèrent les hommes dans les champs et dans les usines, avec la peur au ventre, peur de savoir que leur mari, leur père, leur frère, leur oncle, leur cousin ne reviendraient peut-être plus du front. A l’arrière, même si on ne se battait pas, la guerre occupait les pensées, les projets, les prières. Des deux côtés, la propagande et le bourrage de crâne se déchaînaient. On cachait la vérité, on désinformait, on se moquait de l’ennemi. Le Français était un trouillard et l’Allemand un cochon, On disait que « les balles allemandes ne tuent pas », que « l’armée du kaiser est victorieuse partout » « que les caves de Verdun sont confortables et qu’à part peut-être quelques minutes par mois, le danger est minime ».
Pour les hommes et les femmes, c’était à ça que se résumait la vie dans la tourmente de la guerre.

Cette guerre avait commencé quatre ans plus tôt, au nom de la grandeur pour les uns, de la revanche pour les autres. L’envie pour l’Allemagne d’en découdre afin d’agrandir son territoire, la même envie pour la France afin de venger l’humiliation de 1871 et récupérer l’Alsace-Lorraine. La mésentente entre les pays, les rivalités économiques et coloniales, la mise en place des systèmes d’alliances, qui conduisent à la guerre en août 1914 s’inscrivaient dans une seule logique : le nationalisme, c’est-à-dire ce sentiment irraisonné et déraisonnable, dénué de toute réflexion, de croire que son pays vaut bien mieux que tous les autres et qu’il faut le prouver à tout prix. Même au prix des larmes et du sang. Le nationalisme c’est la guerre. En 1918, 10 millions de soldats en ont payé le prix.

Au désastre succéda en 1919 une mauvaise paix pour toute l’Europe. La paix de Versailles ne réglait rien. Elle humiliait les vaincus, mécontentait les vainqueurs eux-mêmes et ne calmait en rien les pulsions nationalistes des uns et des autres. L’Histoire était condamnée à se répéter. Montée des régimes populistes, faiblesse des démocraties, crise économique, discours xénophobes et racistes, repli sur soi et manipulation des esprits. Logique effrayante qui mena le monde dans l’abîme de la seconde guerre mondiale.

Avons-nous retenu les leçons de l’histoire ?   Sommes-nous capables de donner un sens aux évènements ?   Un siècle de recul devrait suffire à comprendre l’absurdité et la monstruosité de la Grande guerre. Seules la construction d’une Europe unie, entamée il y a soixante ans, et sa consolidation peuvent garantir ce qu’il y a de plus cher pour ses habitants, avec la défense des libertés qui d’ailleurs en dépend : la paix. La paix dans le rapprochement, la coopération, l’entente. Français et Allemands en sont convaincus.

L’amitié entre nos deux peuples a valeur d’exemple et de symbole et cette amitié n’a pas de prix. Quel Alsacien oserait en douter aujourd’hui ?
Arthur Barth, Alphonse Burget, Joseph Burget, Charles Hiss, Alphonse Kessler, Ernest Kessler, Justin Kessler, Jean Baptiste Kettler, Ernest Lieby, Alphonse Ott, Emile Rueff, Jacques Scherrer, il ne faudrait pas qu’on puisse dire de vous et de tous les autres soldats tombés à qui nous rendons hommage aujourd’hui que vous êtes morts pour rien.

Ignorer notre histoire est une faute. Ne pas en tenir compte est une faute plus grave encore. Un siècle après, la victoire de 1918 obtenue au prix de tant de sacrifices doit nous rappeler qu’il est du devoir des peuples et donc de nous tous d’être des artisans de paix et de continuer, contre vents et marées, de construire, et d’abord avec nos amis Allemands, une Europe unie, solidaire et fraternelle.

 

Bernard JUCHS, Maire de Schlierbach