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Rogations

Dans les années 1930, les fêtes religieuses rythmaient la vie du village.

Certaines d’entre elles donnaient lieu à de grandes processions...

...les rogations pendant les trois jours qui précèdent l’Ascension, la procession du ban le dimanche qui suit, ainsi que la Fête-Dieu trois semaines après. Evénements plus rares, la première messe d’un nouveau Curé ou la bénédiction de nouvelles cloches donnaient également lieu à de grands rassemblements.

 

Nous allons essayer de vous faire revivre un matin de rogations à travers le récit d’un petit Schlierbachois, récit certes imaginaire mais inspiré de témoignages d’Anciens du village.

Le soleil n’était pas encore levé lorsque j’entendis ma mère m’appeler. Je m’habillai très vite et, en avalant mon petit-déjeuner, je pensais à la semaine riche en événements qui s’annonçait.
Cette semaine particulière commençait par les rogations, vers Landser ce lundi, vers Dietwiller le lendemain et enfin vers Geispitzen le mercredi. Le jeudi était férié et consacré à la célébration de l’Ascension. Cette semaine de prières s’achevait le dimanche par une procession à travers tout le village et jusqu’à la Chapelle, la procession du ban.
Pour nous, les enfants, c’était une semaine joyeuse où nous ne faisions que de rapides passages sur les bancs de l’école. Mes parents m’avaient expliqué l’importance que revêtaient pour eux les rogations : ces prières devaient permettre de protéger les cultures et d’assurer ainsi une récolte abondante. En ce début du mois de mai, mes parents étaient inquiets. Un retour du gel était encore possible et il aurait été fatal aux fruits, aux vignes et aux cultures de printemps. Et puis, il y avait toujours le risque d’un gros orage ou de la grêle. Les rogations permettaient donc de demander la clémence du ciel. M. Hillenweck, notre instituteur, nous avait d’ailleurs expliqué que le terme rogation vient du latin « rogare », qui signifie demander.

 

Lorsque tout le monde fut prêt, nous prîmes le chemin de l’église. Il était 6h30 et presque tout le village était déjà là. Il ne devait manquer que les personnes âgées, pour lesquelles la marche était devenue trop difficile, et les employés qui étaient déjà partis vers Mulhouse.
Après un court moment, tout le monde se leva pour suivre la croix portée par un adulte en direction de Landser. Je me trouvais avec les autres enfants de l’école juste derrière la croix. Nous étions accompagnés par Mlle Wenger, l’institutrice de la classe des filles, qui veillait à éviter que le brouhaha ne l’emporte sur les prières. Puis venaient M. le Curé et les servants de messe. M. Hillenweck les suivait et lançait des invocations auxquelles répondait un groupe de jeunes chanteurs placé derrière lui. Cette impressionnante procession se poursuivait par les femmes. Les hommes fermaient la marche.
A chaque évocation d’un Saint ou d’une Sainte, les chanteurs répondaient par un « Ora pro nobis » (« Priez pour nous »). Après la litanie des Saints venaient les « Libera nos Domine » (« délivrez-nous Siegneur ») puis les « Te rogamus audi nos » (« nous vous en supplions, écoutez-nous »). Nous allions dépasser les dernières maisons du village lorsqu’une autre procession apparut au sommet de la rue. C’étaient les gens de Landser qui arrivaient avec, eux aussi, un crucifix en tête de cortège. Au moment de nous croiser, il y eut une courte pause. Les porteurs rapprochèrent les deux crucifix jusqu’à ce qu’ils se touchent.

 

Puis chacun reprit sa route. Derrière moi, j’entendis des saluts accompagnés de rires entre hommes des deux villages. Une fois notre procession arrivée à l’église de Landser, M. le Curé célébra une messe ponctuée par la sonnerie des cloches. Il était neuf heures déjà. M. Hillenweck regroupa ses élèves et tâcha de nous faire hâter le pas sur le chemin du retour. Il savait déjà qu’il n’aurait plus le temps de nous donner la leçon d’Histoire Sainte, mais, si nous rentrions vite, il aurait encore le temps de nous soumettre quelques exercices de calcul.

 

 

(Photo)
1er avril 1956 – Edmond Klenck s’apprête à célébrer sa première messe. Les Schlierbachois sont allés le chercher chez lui, à l’angle de la rue de Landser et de la rue du Kaegy, et l’accompagnent en procession jusqu’à l’église.

 

 

(Photo)
30 septembre 1923 – Les nouvelles cloches arrivent et vont être bénies.