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Schlierbach le village des Latiner

« Katzekopf ! Krapp ! Maiakafer ! » Voici de quoi enrichir votre vocabulaire...

Encore faut-il savoir utiliser ces amabilités à bon escient ! 

S’il vient de Geispitzen, vous pourrez traiter votre interlocuteur de « Maiakafer » (Hanneton). Un habitant de Koetzingue pourra être qualifié de « Krapp » (Corbeau) et un voisin de Dietwiller de « Katzekopf » (Tête de Chat).

 

Les Schlierbachois aussi ont leur surnom : les « Ladiner » ou « Latiner ». Les Schlierbachois seraient-ils donc plus latins que les autres ? L’origine de ce surnom reste incertaine, mais il porte sans doute en lui les échos d’une histoire ancienne. Louis Abel, dans son livre « Histoires pour Dietwiller », nous livre son interprétation sur l’origine des « Katzekepfe » qui – vous le verrez – pourrait également expliquer l’apparition simultanée de « Latiner » à Schlierbach. C’est cette interprétation que nous vous présentons ici.

 

Pour comprendre, il nous faut remonter dans le temps, probablement avant l’an 1000. A cette période, des paysans libres érigent des églises. A la différence d’aujourd’hui, ces églises ne sont pas nécessairement associées à un village : elles peuvent être construites à proximité d’un hameau par un regroupement de paysans venus également de hameaux voisins. Les habitants des hameaux situés sur les communes actuelles de Schlierbach et Dietwiller construisent ainsi une église au lieu-dit Esswiller. Les revenus associés à cette Eglise (« Esswiller-Zehnt » ou Dîme de Esswiller) sont perçus pour moitié par une institution religieuse chargée de l’entretien et de la desserte religieuse de la paroisse. Après les Sœurs de Blotzheim, c’est l’Abbaye de Lucelle qui assumera cette responsabilité pour la paroisse d’Esswiller. Le hameau d’Esswiller et son église ont disparu au cours du Moyen-Age. Par contre, les revenus associés à cette paroisse continueront d’être revendiqués par leurs ayant-droits après le transfert du lieu de Culte à Schlierbach. C’est ici le début de l’histoire qui nous intéresse. Les habitants de Dietwiller, s’ils paient la Dîme au même titre que les habitants de Schlierbach, n’ont pas leur propre église et doivent se rendre à la messe à Schlierbach. Aujourd’hui comme hier, il est facile de deviner les tensions qui en découlent.

 

Les Dietwillerois se tournent alors vers l’Abbaye de Lucelle et demandent à avoir leur propre église, ainsi qu’un desservant. Premier refus. L’abbé de Lucelle craint en effet de perdre ses droits sur la Dîme perçue à Dietwiller si une nouvelle paroisse est créée.
De guerre lasse, les Dietwillerois adressent une requête directement... au Pape ! Le Pape répond en 1476 par une bulle adressée à l’Evêque de Bâle, qui se voit chargé d’obtenir l’accord de l’Abbé de Lucelle. Mais l’Abbé ne lâche rien. Quelques années plus tard, les Dietwillerois renouvellent leur requête auprès du Pape. Une seconde bulle est adressée en 1482 qui se heurtera de nouveau à l’inflexibilité de l’Abbé de Lucelle.
Les Dietwillerois ont alors probablement soupçonné les Schlierbachois d’avoir leurs entrées au Saint-Siège et d’avoir contribué à faire échouer leurs démarches : les Schlierbachois seraient alors devenus des « Latiner ». Ce à quoi les Schlierbachois auraient répondu en traitant les Dietwillerois d’hérétiques « Ketzer », surnom qui deviendra « Katzekepfe » avec le temps.
Fin de l’histoire ?
Dietwiller obtiendra un desservant en 1687 et disposera à partir de cette date de son propre Registre de Baptêmes, Mariages et Décès. Cependant, les frais d’entretien de l’Eglise resteront à la charge de Dietwiller, comme en témoigne le procès intenté en 1765 par la Commune de Dietwiller à l’encontre de l’Abbaye de Lucelle afin d’exiger que ces frais soient pris en charge par l’Abbaye.